Ne jamais aller chercher sa voiture au garage avant un concert.
Ca faisait déjà 2 fois que mon rendez-vous avait été décalé, à chaque fois j’avais dû m’organiser et je commençais à être un peu sur les nerfs. En plus, à chaque fois que je laisse ma voiture au garage, je SAIS qu’ils vont m’appeler pour me parler de réparations à faire en plus, qui n’étaient évidemment pas prévues au départ.
Donc je suis à la caisse, j’attends mes clés, et ça bugge : la fille, petite et trapue avec des yeux d’un bleu cobalt, ne trouve pas les factures relatives à mes réparations. ça patine, c’est long et là j’ai un appel : c’est la fille de l’atelier (c’est cool aujourd’hui, bon point : l’égalité est hypra présente dans ces endroits jadis peuplé uniquement de mâles) et soudainement nos regards se croisent, d’une façon absurde : nous sommes face à face, nos téléphones dans la main.
Une fois ce moment digne des meilleurs films de cinéma muets passé et (vite) digéré, elle me dit avec un regard empli de pitié qu’il faut changer les disques de frein.
Je sens mes nerfs lâcher peu à peu, mais l’accompagne avec un regain de force vitale qui me rend encore fier à l’heure où j’écris ces quelques lignes à une autre caisse, afin qu’elle me dise quand peuvent être livrés ces disques qui sont devenus des Messies jumeaux, pour moi, alors que j’ignorais leur existence 2 minutes avant.
Oui, mes amis : je me fous éperdument des voitures : je checke évidemment régulièrement si tout est au niveau, mais à part ça comme dirait l’autre, du moment que ça roule…
Bref : elle cherche, tombe sur un prix que j’imagine exorbitant vu son expression, le temps passe, moi je me dis que je vais être en retard pour l’installation du concert, la sueur coule dans mon dos, je m’agite, je me déteste dans ces situations.
Elle cherche, l’ordinateur mouline, elle en change, nous effectuons donc de façon magnifiquement synchrone un pas sur le côté, vers l’autre caisse (il y en a bien 6, dans ce magasin).
Elle continue de chercher, les minutes s’écoulent, ma tolérance s’étiole, je me dis « comment charger mon matériel le plus rapidement possible ? Est-ce humain de rouler à 150 pour rentrer chez moi ? Suis-je né pour courir ? »
Elle trouve le Graal, des disques à bon marché, destiné j’imagine aux prolétaires comme moi, j’acquiesce, elle me programme un énième rendez-vous, je dois me souvenir de tous mes prochains concerts, je fronce les sourcils pour simuler une recherche sérieuse et responsable, nous convenons finalement d’une date et elle m’oriente vers la caisse de la jeune fille trapue aux yeux magnifiques : oui, je dois régler les réparations effectuées le matin.
10 minutes se sont encore écoulées avant que je me déleste de presque 200 euros, et c’est alors que j’ai pu quitter ce merveilleux centre automobile, le compte en banque plus léger, une rage folle au ventre, avec en sus la promesse d’une facture salée la semaine prochaine.
Yes baby, we were born to run.

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