“L’Horreur dans le musée” (Lovecraft)

Je me souviens, je devais avoir 9 ou 10 ans, j’étais en CM1, et j’avais lancé l’idée d’un journal qui serait imprimé dans l’école.
Mon but était d’y placer quelques nouvelles de mon cru, des trucs sortis de mon imagination fertile de gamin solitaire.
J’avais toujours aimé dessiner, je me souviens du bonheur intense et quasi-religieux que je ressentais lorsque je fermais la porte de ma chambre, profitant au maximum d’heures en tête-à-tête avec moi-même.
Mais l’écriture, ça c’était autre chose. Je pouvais donner vie à des personnages, les poser dans un contexte inventé par mon petit cerveau à moi.

Alors justement, le contexte : on est dans les années 80, ma mère m’a gavé de “Temps X”, de films fantastiques et SF, je viens de découvrir “Freaks” de Todd Browning, ma mère (encore) a sorti du grenier poussiéreux plusieurs exemplaires du magazine “Inexpliqué” que je dévore autant que le Journal de Mickey, découvrant au passage le concept de combustion spontanée.

Sur la Cinq (ouaip, ça a existé) ils passent tous les jeudis deux films d’horreur à la suite, et évidemment je passe une nuit blanche suite à la diffusion de “Hurlements” (qui reste un de mes films préférés, salut Joe Dante).

Parlons de France Loisirs aussi. Ma mère y est abonnée, et un beau jour je découvre Stephen King, par le biais de Cujo, pas un de ses meilleurs, mais qui pose les jalons de son oeuvre : le Maine, l’étrange qui survient dans un quotidien auquel on peut s’identifier.
Bref, tous ces trucs résonnent dans la tête du petit garçon que j’étais, et donc je me mets à écrire des trucs.

Un jour, l’institutrice de CM1 (ou de CM2, je ne sais plus) a même convoqué mes parents pour leur parler de l’étrangeté de ces rédactions, parce qu’évidemment les moments d’écriture à l’école étaient une soupape nécessaire pour votre serviteur (tout comme le sport l’était pour d’autres élèves, j’imagine).
Moi tout ça me paraissait normal, mais aujourd’hui je me dis que mon obsession pour les OVNIs, le Bigfoot et l’Etrange pouvait perturber, pour le moins.

C’est à ce moment précis que j’ai découvert (grâce à ma mère, encore une fois, et peut-être bien France Loisir là aussi) le recueil “L’horreur dans le musée” de Lovecraft.
Il s’agit de plusieurs nouvelles, écrites par Lovecraft ou révisées par lui (j’ai jamais trop compris, et peu importe en fait).

Les titres ?

“Quatre heures”, “La Mort ailée”, “Le Nécrophile”, “Surgi du fond des siècles”, “L’Horreur dans le cimetière”, et bien d’autres.
King traite du quotidien envahi peu à peu par l’horreur, Lovecraft quant à lui parle souvent d’outcasts (des gens rejetés, ou ostracisés par la société “normale”), de solitude, et de basculement indicible vers la Folie.
C’était du fantastique, mais qui me semblait affreusement REEL.
Je lisais ça dans mon lit, la nuit, à la lumière de ma petite lampe de chevet, et je n’arrivais pas à m’arrêter.

Aujourd’hui, je visualise presque ce petit garçon, affreusement seul et imaginatif, pas comme les autres, qui brûlait de s’inventer un monde et de le montrer aux autres mais qui ne savait pas du tout comment faire.


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