Times, they are a-changin’

Il n’est un secret pour personne que je souffre d’une addiction.
Une addiction puissante à l’hyperactivité. Je m’en nourris, elle me détruit, bref on a elle et moi une relation, dirons-nous (comme dans beaucoup de couples) compliquée.

Et donc je me rends assez souvent dans un centre d’accompagnement en addictologie.
J’y travaille sur plusieurs axes avec différentes personnes, bref là n’est pas le sujet de ce texte.

Ce centre traite différents types d’addictions, et j’imagine que les patients souffrent de plein de pathologies (j’en ai croisé très peu jusqu’ici, les horaires des rendez-vous sont toujours totalement respectés).

Et donc mercredi dernier, alors que je prenais congé de mon infirmière, je tombe nez à nez dans la salle d’attente avec une ancienne connaissance.

Ce mec (dont je n’ai jamais su réellement le nom) était une force de la nature il y a 15 ans, un homme capable d’encaisser des shots toute la nuit et de tenir une conversation valable (enfin j’imagine, je n’ai jamais vraiment écouté les gens).

Un homme dont les mains faisaient deux fois les miennes, charismatique, sourire ravageur, barbe soigneusement entretenue, il était là à mes concerts et me félicitait en me payant des verres, affable mais ancré dans le sol, dans la Terre, ce que j’ai toujours admiré, une Force Pure, rayonnant dans l’univers, dégageant des ondes telluriques, un homme dont la compagnie devait combler ses femmes, et d’ailleurs ces dernières ne lui en auraient jamais voulu s’il les avait trompées, car cet homme DEVAIT rendre plusieurs femmes heureuses, sinon le monde n’aurait pas été juste.
Et moi quand je l’observais je ne me disais pas que les cartes avaient été mal distribuées, je ne ressentais aucune jalousie, aucune aigreur, je pense que je l’aimais.

Et donc ce mercredi, lorsque je l’ai croisé, après plusieurs années, il avait changé.

Déjà, moi j’étais debout et lui assis (bon, ça vous allez me dire c’est normal il attendait son tour et moi je partais, mais je ne l’avais jamais vu sous cet angle, c’était inédit pour moi).

Ensuite, son regard avait changé. Il avait peut-être honte que je le croise dans cet endroit. Sa peau, également, n’était plus la même.

Il venait chercher des réponses ici, tout comme moi. Et je pense, en se serrant la main, qu’on s’est dit à peu près la même chose : la vie avait quand même été une belle salope, en nous faisant croire que tout ça c’était pour toujours.


Aujourd’hui c’est sûr, la fête est finie.


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